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Portrait de Frédéric Mistral / Bonaventure Laurens
Bonaventure Laurens
Carte postale. Portrait de Frédéric Mistral dessiné par Bonaventure Laurens
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Le Félibrige
CIRDOC - Institut occitan de cultura

Histoire du Félibrige

Le 21 mai 1854, sept poètes provençaux, Frédéric Mistral (1830-1914), Joseph Roumanille (1818-1891), Théodore Aubanel (1829-1886), Paul Giéra (1816-1861), Alphonse Tavan (1833-1905), Anselme Mathieu (1828-1895), et Jean Brunet (1822-1894), réunis au château de Font-Ségugne (Vaucluse), fondent le Félibrige, mouvement de sauvegarde, d'illustration et de promotion de la langue et de la culture des pays d'oc.

L'association s'organise autour d'un consistoire national composé de cinquante félibres majoraux, de six maintenances (mantenènços) régionales et d'écoles félibréennes locales. Le Félibrige est dirigé à l'échelon national par un félibre majoral, élu au siège de Capoulié (Président), d'un secrétaire (baile), d'un trésorier (clavaire) et des assesseurs (assessour).

Le Félibrige perpétue aujourd’hui encore les objectifs des "Primadiés" ouvrant son action à la reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle, en France et à l'international. Il se réunit chaque année à l'occasion de la Santo-Estello (Sainte-Estelle) dans une ville différente, et tous les sept ans pour lo Grand Jo Flourau setenàri. Àcette occasion sont désignés le Maître en Gai-Savoir (Mèstre en Gai-Sabé), lauréat des joutes littéraires organisées durant cette réunion et la reine du Félibrige,représentante honorifique de l'association.

Les collections et parutions du Félibrige

Dès sa naissance, le Félibrige porte la renaissance des pays d'oc, et mène en ce sens divers chantiers autour de la langue et de la culture occitanes. En 1855 paraît le premier numéro de l'Armana prouvençau, réalisation officielle et collective du mouvement, depuis annuellement édité. En 1878 paraît le premier des deux volumes du [Lou] Tresor Dóu Felibrige (1878-1886), ouvrage somme des connaissances linguistiques de l'ensemble des parlers occitans.

Le Félibrige poursuit depuis son œuvre d'édition (ouvrages et périodiques), socle de son action, par la publication d'ouvrages et de périodiques, ainsi que sur l'organisation d'assises, colloques, débats et manifestations diverses. Le Félibrige se réunit par ailleurs tous les ans, dans une ville différente, sous le patronage de sainte Estelle (fêtée le 21 mai) : Santo-Estello.

Félibrige
Parc Jourdan - 8 bis Avenue Jules Ferry
13100 AIX en Provence
Tél : 04 42 27 16 48
Site internet : www.felibrige.org

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Lettre de Frédéric Mistral à Prosper Estieu : 7 juillet 1911
Mistral, Frédéric (1860-1914)

Qui est Prosper Estieu  ?

Instituteur et poète audois. Il fonde plusieurs écoles félibréennes. Il est membre de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. En 1900 il est élu majoral du Félibrige. En 1927, il fonde le Collègi d’Occitanìa. Il dirige plusieurs revues dont Lo Gai Saber, et il élabore avec Antonin Perbosc une graphie inspirée des troubadours qui servira de base à la “graphie classique” de l’occitan. Il entretient une correspondance amicale avec Frédéric Mistral entre les années 1890 et 1910, dans laquelle Mistral le complimente sur sa poésie et commente, parfois en les lui reprochant, ses choix orthographiques.

Description de la lettre

Une autre thématique qui doit avoir intéressé Estieu est développée dans cette abondante correspondance. Elle concerne la légende d’Esclarmonde : le 7 juillet 1911 Mistral retranscrit pour son ami un échange dans lequel il refuse le titre de vice-président du “Comité parisien du monument d’Esclarmonde de Foix”, au motif qu’il ne croit plus à l’histoire de cette “militante cathare” divulguée par Napoléon Peyrat. On déduit de la formulation qu’il emploie qu’il y a cru à une époque, mais ses propres recherches ne lui dévoilent que de trop rares et brèves mentions pour justifier le symbole. Mistral a bâti sa poésie et sa Cause provençale sur un certain nombre de mythes historiques et de projets politiques qui, de déceptions en remises en question, sont passés du statut de convictions à celui d’illusions à ses yeux mais n’ont pas diminué son attachement à la poésie ni à la Cause. Ils en ont peut-être simplement modifié l’essence.

Guilhem de Peiteus : prince des troubadours
CIRDÒC - Mediatèca occitana

Guilhem de Peiteus : prince des troubadours


Le comte Guilhem de Peiteus, qui fut aussi Guilhem IX duc d'Aquitaine, a vécu à la fin du XIe siècle. Il est l'un des plus grands seigneurs de l'Europe médiévale, maître d’un immense domaine qui s’étend de la Gascogne aux marches de l’Auvergne, et de l'Anjou aux Pyrénées. Mais ce ne sont ni ses actions politiques ni ses hauts-faits d'armes qui font de Guilhem un des princes les plus brillants du Moyen Âge. Sa légende est artistique, initiant par ses chansons d'un genre nouveau deux siècles de création brillante en langue occitane, âge d'or littéraire célébré de Dante à Aragon en passant par Ezra Pound. Guilhem de Peiteus est le plus ancien troubadour dont on ait la trace. À l'image des jongleurs-musiciens du Moyen Âge, il chante et divertit, mais ajoute à ses compositions la finesse esthétique et l'audace intellectuelle d'un grand seigneur lettré. Guilhem a laissé l'image d'un seigneur libertin, excommunié deux fois, qui installa sa maîtresse la vicomtesse de Châtellerault à sa cour. Il chante une nouvelle conception du désir, de l'amour et de la femme aimée. Certaines de ses poésies sont très crues voire obscènes, destinées à un auditoire d'hommes, où la femme est une proie érotique. Mais Guilhem chante tout autant l'amour chevaleresque posant les fondements de tout l'art du 'trobar'. En quelques années, cette nouvelle façon de chanter l'amour en occitan fait de nombreux émules. Si nous connaissons seulement onze chansons de Guilhem, elles ne s'illustrent pas seulement comme l’œuvre d'un initiateur, il est déjà un des poètes les plus accomplis de l'art du trobar. Ses chansons contiennent déjà tous les ferments de la révolution artistique qui saisit les cours d'Occitanie pour près de deux-cents ans : « Companho, farai un vers [pauc] convinen et aura-i mais de foudatz no-i a de sen et er totz masclatz d'amor et de joi e de joven. » « Compagnons, je ferai un vers peu convenable et il y aura plus de folie que de bon sens et il sera tout mêlé d'amour, de joie et de jeunesse ! »
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Diverses roues de Boha sculptées
Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles (COMDT)
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La Bataille de Muret : guide documentaire
Centre interrégional de développement de l'occitan (Béziers, Hérault)

Ce TÈMA(S) n°3 a été préparé par les bibliothécaires du CIRDÒC-Mediatèca occitana en septembre 2013, à l'occasion du VIIIe centenaire de la bataille de Muret.

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Jean Moulin et la langue d'oc : une sélection de documents conservés au CIRDOC
Centre interrégional de développement de l'occitan (Béziers, Hérault)

À l’occasion des commémorations du 70e anniversaire de la mort de Jean Moulin, le CIRDOC-Mediatèca occitana, situé sur la même place que sa maison natale, avait proposé un éclairage sur un aspect méconnu de la jeunesse du grand héros de la Résistance à partir d’une sélection de documents conservés dans ses collections.

Les origines provençales de Jean Moulin

Hérité de sa famille d’origine provençale, en particulier de son père Émile-Antoine Moulin - familier de Frédéric Mistral et poète de langue d'oc - Jean Moulin demeura toute sa vie durant attaché à la Provence dont il maîtrisait la langue. 

« Tous nos ancêtres immédiats provenaient d’une bande de terre de basse Provence, de part et d’autre de la Durance » Laure Moulin, sœur de Jean Moulin1

MOULIN, Laure. Jean Moulin. Paris, presses de la Cité, 1969.

[imatge id = 21384] Le père de Jean Moulin, Antoine-Émile Moulin (1857-1938), dit « Antonin » Moulin, est originaire de Saint-Andiol, village des Bouches-du-Rhône, tout comme sa mère, Blanche Pègue

Antoine est le fils d’une vieille famille de tisserands républicains, Blanche est fille de paysan. Après des études de Lettres, Antoine Moulin est nommé professeur à Bédarieux puis au Collège de Béziers.
Dans le Béziers florissant des dernières années du XIXe siècle, le jeune professeur devient un membre actif des milieux républicains, dreyfusards, laïques et francs-maçons. Antonin Moulin fut à l'initiative du monument au maire Casimir Péret, déporté pour son opposition au coup d'Etat de 1851 et mort lors d'une tentative d'évasion du bagne de Cayenne.
Il est assez loin des acteurs locaux de la Renaissance d'oc, plus conservateurs, qui mènent au même moment, sur l’exemple provençal de Frédéric Mistral et du Félibrige, des actions en faveur de la langue d'oc. 

Sans participer activement aux mouvements de défense et promotion de la langue d’oc à Béziers, Antonin Moulin entretient un attachement familial et intime à sa langue maternelle, l’occitan provençal de son Saint-Andiol natal. Il fréquente Frédéric Mistral à qui il rend visite à plusieurs reprises à Maillane. Mistral lui fera rencontrer Alphonse Daudet. 
Les Moulin, mère et père, conservèrent toute leur vie des attaches avec Saint-Andiol où résident une grande partie de leurs familles. Les vacances, comme les grands événements de la vie familiale se déroulent tous à Saint-Andiol. Dans son livre de mémoires, Laure Moulin, sœur aînée de Jean, retranscrit ses impressions de voyage vers Saint-Andiol et évoque leur pratique de la langue familiale. 

« Quand tout se passait bien, nous prenions le petit train à Barbentane et là nous entrions dans un autre monde. Nous n’entendions plus parler que le provençal, ce qui nous réjouissait, surtout nos parents dont c’était la langue maternelle. Mon frère et moi, élevés en Languedoc, si nous le comprenions très bien, nous le parlions mal. »

Jean Moulin conservera un attachement à la Provence de son enfance et de ses origines, ce dont témoigne le choix de son nom d’artiste - « Romanin » - souvenir d’une excursion familiale au célèbre château éponyme près des Baux-de-Provence et qui signifie « romarin » en langue d'oc. Jean Moulin ne cultiva pas la langue d’oc comme son père. le document le plus émouvant, puisqu'il s'agit d'un personnage si important et célèbre de l'Histoire, est le poème que compose son père à sa naissance : A moun fieu Jan / O moun Janet, moun cago-nis... 
Il existe peu de documents faisant état d'une pratique de l'occitan chez Jean Moulin, elle restait occasionnelle, mais réelle. Sur des cartes de voeux apparaissent parfois des formules en langue d'oc, ou au détour de sa correspondance personnelle, quelques mentions de conversations achevées dans la langue familiale  nous renseignent sur un Jean Moulin occasionnellement occitanophone.

Documents : 

1/ Texte du poème en provençal écrit par Antonin Moulin pour son fils Jean, âgé de trois mois. (texte extrait de Laure MOULIN, op. cit. et mis en forme pour une exposition)

2/ 
- Lettre d'Antoine Moulin à Roger Barthe (1911-1981), écrivain occitan et félibre biterrois, membre du parti radical comme Antonin Moulin  - 17 juillet 1934
- Dédicace en occitan d'Antonin Moulin à  Emile Barthe pour le féliciter de son titre de Majoral du Félibrige
(CIRDOC-Fonds Barthe)

3/ Poème-dédicade d'Antonin Moulin à Frédéric Mistral publié dans La Santo Estello, journal paru à l'occasion des fêtes félibréennes de la Sainte-Estelle à Béziers (24 et 25 mai 1902)

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Extraits de poésies et de vidas de troubadours provençaux par Camille Chabaneau
Chabaneau, Camille (1831-1908). Auteur
Ce document constitue la table du manuscrit 1749 (E) conservé par la BnF. Camille Chabaneau y recense tous les chansonniers qui apparaissent dans ce manuscrit. Sont réunis ici des extraits de poésie ou de vidas sur les troubadours concernés
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Max Rouquette
[imatge id=22179]Max Rouquette (1908-2005) est un écrivain languedocien issu de l’arrière-pays de Montpellier. Il y fut médecin un temps, avant d’exercer en ville pour la Sécurité Sociale. Il choisit comme langue d’écriture la langue occitane de son enfance, nous laissant ainsi une oeuvre magnifique, aujourd’hui reconnue internationalement, avec des recueils de poèmes (Los sòmis dau matin, 1937 ; Sòmis de la nuòch en 1942…), des oeuvres en prose (la série des Verd Paradís), des romans (La cèrca de Pendariès ; Tota la sabla de la mar de la mar ; …), des pièces de théâtre (Lo Metge de Cucunhan, 1942 ou Medelha, 1989), des essais, des traductions de Dante ou encore de Federico Garcia Lorca, des articles et des contributions de toutes sortes.

Animateur de l’occitanisme depuis sa période estudiantine, membre du Nouveau Languedoc (1928), membre de la Société d'Études Occitanes (SEO), rédacteur en chef de la revue Occitania (1936), il est aussi en 1945 l’un des fondateurs de l’Institut d’Études Occitanes (IEO). En 1962, avec Jean Camp et Jòrgi Reboul il fonde le Pen Club de langue d’oc.

Joueur passionné de balle au tambourin, il participe à sa renaissance par la création d’une fédération en 1939, et la refonte de ses règles en 1954, à partir de celles du tamburello italien.

Biographie détaillée :

Max Rouquette naît le 8 décembre 1908 d’Adèle Altairac et de Constantin Rouquette, vignerons à Argeliers dans l’Hérault. La famille de son père vient de La Couvertoirade, sur le Larzac, « la terre abandonnée » qui le fascinera toute sa vie. Son enfance est immergée dans la langue occitane, et marquée charnellement par le contact avec une nature sauvage qui deviendra le théâtre « mi-garrigue, mi-serrane » de son oeuvre d’écrivain. Celle-ci sera aussi marquée par la disparition de sa mère, enlevée par l’épidémie de grippe espagnole en 1917. À dix ans, Max Rouquette quitte l’école du village pour continuer ses études secondaires au petit puis au grand Lycée de Montpellier. Pensionnaire, il y découvre avec enthousiasme la culture classique et le monde de l’écriture avant, diplôme de baccalauréat en poche, d’étudier la médecine dans la pluriséculaire faculté de la ville.

C’est à cette période, tournant le dos à un Félibrige jugé trop passéiste, qu’il rejoint Le Nouveau Languedoc, association estudiantine occitane jumelée avec les Catalans et fondée par Jean Lesaffre. Il en fera un outil ambitieux de diffusion et de valorisation de la culture d’Òc, ce qui contribuera à poser les fondements de l’occitanisme moderne.

Il envoie à François Dezeuze son premier texte en 1927, sous l’impulsion de Max Cantagrilh : Lo paure òme e la crotz, publié dans Campana de Magalouna, journal « clapassier » d’expression occitane. La jeune garde estudiantine se liera ainsi avec les « Dissabtièrs », membres de la société créée en 1925 autour de François Dezeuze et de René Tulet, qui se retrouvent une fois par semaine - le samedi - pour deviser et échanger. C’est là que Max Rouquette côtoie et rencontre nombre de personnalités, dont le poète catalan Josèp Sebastià Pons qui aura sur lui et son style d’écriture une influence décisive.

Il publie dans la revue Òc de la Société d’Études Occitanes des poèmes remarquables - et remarqués, et passe, en 1931, le concours de l’internat de médecine à Toulon. Il y rencontre sa future épouse, Leona, aux origines corses. Il fait son service militaire dans la Marine, anime avec Charles Camproux un journal militant, Occitania, qui prolonge l’action du Nouveau Languedoc en élargissant son propos à l’ensemble des pays d’Oc. C’est le moment où il commence à écrire des oeuvres en prose d’un genre nouveau, faisant du monde des garrigues cachées une métaphore cosmique de l’âme humaine chassée du jardin d’Eden, et reléguée dans le néant de l’existence du XXe siècle.

Max Rouquette soutient sa thèse et s’installe comme médecin de campagne à Aniane en 1936, dans le contexte du Front Populaire pour lequel il a de la sympathie. Il en profite pour renforcer sa connaissance de la langue d’oc, Dins la boca dau pòble d’Òc, et prend le temps d’écrire l’une de ses plus belles pages. Mobilisé en 1939 en Tunisie, il revient vite au pays pour reprendre ses activités de médecin dans les difficiles conditions du temps.

Il écrit, à partir d’un conte de Joseph Roumanille, sa première pièce de théâtre en 1942, Lo Metge de Cucunhan, tout en s’investissant dans le fonctionnement de la future Société d’Études Occitanes. Ce travail mènera à sa fondation officielle en 1945, aux côtés d’Ismaël Girard et de René Nelli. Max en sera un temps le secrétaire puis le président. La Sécurité Sociale étant sur le point d’être créée, il en obtient le concours et déménage à Montpellier pour devenir médecin-conseil.

Max Rouquette disait que dans ses rêves heureux il rêvait de balle au tambourin. C’est à cette période qu’il s’investit dans la renaissance de ce jeu qui l’ancre un peu plus encore dans l’arc méditerranéen. Il contribue en 1939 à le doter d’une nouvelle fédération. Il sort un premier livre en 1948 (il y en aura deux autres plus tard), Le jeu de balle au tambourin, doté d’un lexique occitan, la langue d’origine du tambourin. Max Rouquette pensait que l’avenir de l’occitan et celui du jeu de paume languedocien ne pouvaient être dissociés. Il fera ensuite évoluer ce sport en 1954, en empruntant plusieurs règles aux Italiens pour rendre le jeu plus vif, tout en équipant le batteur languedocien d’un long manche de micocoulier.

Il dirige de 1954 à 1958 Vida Nòva, une revue occitano-catalane qui permet aux écrivains catalans espagnols de s’exprimer dans leur langue, alors prohibée. En 1962, avec Jean Camp et Jòrgi Reboul, il forme le Pen-Club du Languedoc, dont il sera le président.

À partir de 1974, c’est la retraite : l’urgence d’écrire le rattrape encore, notamment pour terminer les sept tomes de Verd Paradís. De 1978 à 1983 il dirige la revue Òc, une revue novatrice à la pointe de la création en occitan et en catalan. Dans ses pages, sa plume vive et aiguisée et ses qualités de polémiste font merveille au service de la langue d’oc, de la littérature et de la culture. Il revient à la poésie avec D’aicí mil ans de lutz en 1995, et se consacre ensuite à une écriture qui se diversifie avec des romans, du théâtre, des bestiaires ou encore des collaborations avec des photographes.

Traduite en français et dans de nombreuses langues, son oeuvre sort de la confidentialité du petit cercle des occitanistes pour atteindre la notoriété internationale à partir des années 1980. Sa pièce de théâtre Lo Glossari / Le Glossaire entre en 1998 au répertoire de la Comédie Française et sa tragédie Medelha / Médée, considérée comme un chef-d’oeuvre, est montée en français en 2003 et reprise en 2008.

Max Rouquette décède à Montpellier le 24 juin 2005, lors de la Saint-Jean d’été qui lui était si chère, à l’âge de 96 ans. La publication d’inédits et le rayonnement de l’oeuvre de Max Rouquette se poursuit aujourd’hui à travers une association, Amistats Max Rouquette, grâce au travail, entre autres, de Jean-Guilhem Rouquette - l’enfant de Max, de Jean-Frédéric Brun et de Jean-Claude Forêt. Depuis 2007 ils éditent chaque année une très belle revue, les Cahiers Max Rouquette, qui aborde successivement tous les aspects du grand oeuvre de l’enfant d’Argeliers.
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Quêtes de Noël gascon
Lo CIRDOC-Mediatèca occitana

En Gascogne comme ailleurs, les fêtes de Noël s'inscrivent dans le cycle régulier des fêtes calendaires, venant rythmer la vie des populations concernées par des rites et coutumes socialisants, marquant le passage d'une saison, d'une année, d'un âge à l'autre.

 

A l'instar des phénomènes de quêtes identifiés pour la période de Pâques ou de Carnaval, les festivités de Noël dans le domaine gascon, étaient le temps du Pique-fou, Pica-hòu, Ahumas, Pros/Prous ou encore Girondéou selon les régions. Ces quêtes menant une partie de la communauté, généralement les plus jeunes, à frapper aux portes des maisons pour demander fruits et friandises, s'inscrivaient alors dans le cadre plus général des rites de passages et de protections relatifs à la période du Nadau.

 

 

 

Quêtes de Noël en Gascogne

 

Des guillounès du Gabardan, au Pros dans la région de Peyrehorade et de Dax, en passant par le Picahòu d'Orthez ou les Ahumas d'Orthez et de Chalosse identifiés par Simin Palay dans son dictionnaire (1); la Gascogne présente une importante variété de formes d'une pratique commune, que sont les quêtes de Noël. Sur une même forme, entraînant les plus jeunes sur les chemins du village pour quémander aux différentes portes friandises et donations diverses, apparaissent des variations portant tant sur le nom même de cette pratique, que sur sa temporalité ou encore les chansons et pratiques même de ce rite.

 

Très peu pratiquée de nos jours - bien que l'on observe du côté d'Orthez une volonté de voir renouvellée cette coutume - la tradition des quêtes de Nadau en Gascogne était autrefois un temps marquant du Cycle des douze jours (période séparant Noël du jour des Rois), attesté dans un grand nombre de régions par les folkloristes et ethnologues des XIXe et XXe siècles : Vastin Lespy, l'abbé Laborde, René Cuzacq, l'abbé Daugé, l'abbé Foix et Simin Palay mais également Arnold van de Gennep, pour ne citer que les plus connus d'entre eux. Proposant chacun un aperçu de cette pratique dans leur région et relevant le caractère évolutif de celle-ci, notamment en terme de temporalité, ces auteurs ne parvinrent cependant pas à s'entendre sur l'origine et la signification des quêtes existant en dehors de toute influence liturgique, ecclésiastique ou administrative : rites de protection, rites de passage, rite d'entrée des nouveaux-nés dans la communauté...

 

 

Pratique et déroulement

 

Les quêtes de Nadau en Gascogne, se distinguent d'autres manifestations du même type observables tant en Occitanie que dans le reste de la France, par l'une des particularités de leur déroulement. Dans son ouvrage, Folklore: croyances et coutumes populaires en France (2)Arnold van Gennep note à ce sujet, que, tout du moins pour le Béarn et la Chalosse, les quêtes de Noël conduisent la jeune génération à frapper aux portes des seules maisons ayant accueilli un nouveau-né depuis le 25 décembre précédent. Se penchant sur cette donnée, van Gennep y voit un lien avec l'entrée dans la communauté du nouveau-né et un redoublement des coutumes populaires du baptême.

On retrouve effectivement dans la majorité des formes de pique-fou rapportées pour la Gascogne, la pratique du cri d'appel, le plus fréquemment une courte chanson dont les paroles varient sur une trame commune d'une région à l'autre, la demande de friandises, et en échange injures ou au contraire, bénédictions pour l'année.

 

 

Cris d'appels et chansons de quêtes

 

Repérées par divers auteurs localement, les variantes de ces chansons de quête firent l'objet de la collecte la plus précise sous l'égide d'Arnold van Gennep, qui en dresse l'inventaire dans son ouvrage Folklore : croyances et coutumes populaires en France (3). Dans leurs dictionnaires respectifs, Vincent Foix (4) et Simin Palay (5), proposèrent également en leur temps, et dans la graphie d'alors, un ensemble de variantes de ces chansons de quête.

 

A l'article Pique-héù du dictionnaire de l'abbé Foix, l'on note notamment, entre autres variantes, les deux suivantes:

  • "Pique hèu, hèu, hèu/ pique saye, saye, saye / Da l'oùmouïne à le canalhe/ Cop de barre à le gran yen." (Dax).

  • "Pique hèu, hèu, hèu/ Pique halh, halhe, halhe / Da l'oùmouïne à le canalhe/ Pique ho, pique hè/ Balhat-m'en à you tabé." (Chalosse)

Mentions auxquels sont ajoutés les éléments suivants en cas de refus : "Pique hort, hort, hort / Lou mèste qu'es un bèt porc. / Pique houye, houye, houye/ le daùne qu'es ù bère trouye./ Pique hèu, hèu, hèu/ pique halhe, halhe, halhe / Dat l'oùmouïne à la canalhe, etc..."

 

Abordant également cette question dans son ouvrage, Arnold van Gennep nous rapporte quant à lui les éléments suivants relevés du côté de Tartas dans les Landes: "Qué sera broy (joli) broy – Coum un agnerot (agnelet)"; dans le cas où les parents se seraient montrés charitables, et : "Qué sera laid, laid – Coum lou carmaillé (crémaillère)", dans le cas contraire (6).

D'une variante à l'autre, les châtiments encourus se faisaient d'ailleurs plus ou moins explicites, plus ou moins douloureux ou scatologiques.

 

La pratique des quêtes de Nadau, impliquant des enfants, mais également, selon les régions, des adolescents selon un système plus ou moins hiérarchisé (c'est le cas des guillounès) à l'instar de ce que l'on peut observer au moment de Carnaval, n'excluait pas certains débordements. Par ailleurs, ces quêtes reposant sur la charité des familles sollicitées - voyant parfois des mendiants accroître les rangs des jeunes quêteurs occasionnels - furent périodiquement interdites, contribuant ainsi à l'amoindrissement de cette pratique.

 

 

 

 

 

Notes:

  1. PALAY, Simin, Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes (Bassin Aquitain), Paris : Centre National de la Recherche Scientifique, édition de 1961. Article Ahumes.

  2. VAN GENNEP, Arnold, Le folklore : croyances et coutumes populaires en France,, Tome I, volume 8. Tournées et chansons de quêtes. Paris, Stock, 1924.

  3. VAN GENNEP, Arnold, ibid. Tournées et chansons de quêtes.

  4. FOIX, Vincent,Dictionnaire gascon-français (Landes), PESSAC, Presses universitaires de Bordeaux, édition de 2003. Article Pique-héù

  5. PALAY, Simin, ibid.

  6. VAN GENNEP, Arnold, ibid. Tournées et chansons de quêtes.

 

 

 



Bibliographie :

 

CUZACQ, René, Noël, Premier de l'An et carnaval au pays landais; Mont-de-Marsan, Jean-Lacoste, [s.d].

DAUGÉ, Césaire, Le mariage et la famille en Gascogne d'après les proverbes et les chansons, Paris : A. Picard ; Bordeaux : Féret et fils ; Duhort-Bachen : C. Daugé, 1916-1930.

FOIX, Vincent, Dictionnaire gascon-français (Landes), PESSAC,Presses universitaires de Bordeaux, édition de 2003.

LESPY, Vastin, Dictionnaire béarnais ancien et moderne, Genève : Slatkine Reprints, 1970.

PALAY, Simin, Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes (Bassin Aquitain), Paris : Centre National de la Recherche Scientifique, édition de 1961.

VAN GENNEP, Arnold, Le folklore : croyances et coutumes populaires en France, Paris, Stock, 1924, Tome I, volume 8.

 

 

 

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